L’enfer est, comme vous savez, pavé de bonnes intentions. Il suffit de penser aux nombreux plans stratégiques conçus avec le plus grand sérieux mais qui ne donnent pas les résultats escomptés. Dans un article écrit l’année dernière (Does 9 of 10 strategies really fail ? I don’t think so!) Phil Jones, fondateur du cabinet Excitant, montre à quel point la presse d’affaires a déformé, en les citant hors contexte, les résultats des diverses études sur le sujet. L’auteur penche plutôt pour cette hypothèse qui fait pratiquement consensus : plus de la moitié des chefs d’entreprises sont mécontents de l’exécution de leur plan stratégique.

Voyons les causes de cet insuccès et ce qui peut être fait pour y remédier.

Parmi les causes externes imprévisibles, on peut penser à une hausse brutale du prix de certains intrants (pétrole, farine, etc..) due à la spéculation ou à une situation politique qui s’est brutalement dégradée dans un pays client. Ou bien ce peut être un pays qui impose sans prévenir de lourdes taxes à l’importation, ruinant ainsi l’exportation de certains produits.

1. Passez du plan stratégique au scénario planning

L’instinct de survie aidant, les entreprises réagissent souvent à ces coups durs avec vigueur. On colmate les brèches dans l’urgence, on tente des solutions jusque là négligées. C’est bien, mais ce n’est pas parce qu’il y a feu que le plan stratégique doit être remisé dans un placard. Au contraire, il vaut la peine de le revisiter selon les nouveaux paramètres, il sera utile pour réajuster le tir.

Le scenario planning permet de renforcer la planification stratégique en prenant en compte des évènements qui n’apparaissent pas encore sur le radar de l’entreprise.

L’évènement qui s’est mis en travers du plan stratégique était peut-être imprévisible mais sans doute pas impensable. Le scenario planning, une méthode de planification stratégique souple, permet de renforcer la planification stratégique en prenant en compte des évènements qui n’apparaissent pas encore sur le radar de l’entreprise.

Une erreur de calcul, un défaut d’analyse, sont par définition imprévisibles. Mais cela arrive. Plutôt que de faire tomber des têtes, profitez-en pour revoir les procédures d’évaluation qui ont nourri le plan stratégique. Cherchez l’erreur pour ne pas la reproduire demain. Saisissez aussi cette occasion pour pousser la réflexion un cran plus loin.

2. Faites l’essai de l’apprentissage en double boucle

Pensez à interroger l’ensemble de votre méthode d’analyse stratégique. On peut toujours corriger un calcul, mais si les prémisses qui ont servi de base à la réflexion stratégique sont erronées cela ne marchera pas mieux la deuxième fois. C’est ce que l’on appelle l’apprentissage en double boucle (une idée développée par deux professeurs de Harvard, Chris Argyris et Schön). Le plan stratégique qui devait mener de B à C ne marche pas; on se contente souvent de chercher l’erreur qui a pu se produire entre B et C et de la corriger. Mais comment étiez-vous arrivés à B?  Avez-vous bien analysé et compris ce qui a mené votre entreprise de A vers B? La situation de votre entreprise au moment où vous avez commencé votre réflexion stratégique n’était peut-être pas celle que vous pensiez. Il faut mener une seconde boucle de réflexion, remonter en arrière pour découvrir ce qui à précédé B. Cette approche est souvent recommandée en cas d’échec d’un lancement de produit.

3. Accompagner l’équipe durant la mise en place du plan

La principale cause de l’échec d’un plan stratégique est sûrement le défaut d’appropriation de la stratégie par les cadres intermédiaires et les employés. Cette idée parait aujourd’hui banale. Trop souvent. le président et sa garde rapprochée croient que l’essentiel de leur travail est fait quand ils ont ont concocté, à partir de chiffres et d’analyses, un plan stratégique infaillible. Or c’est là que le vrai travail commence, il faut, plutôt que de relayer des directives, expliquer et convaincre son équipe de la valeur du plan.

Un plan stratégique est un vecteur de changement, et tout changement important génère son lot d’angoisses et de frustrations. Mark Twain disait d’ailleurs : « Je suis à fond pour le progrès, ce que je déteste c’est le changement ».

Votre plan stratégique va dans le mur? N’hésitez pas à accorder beaucoup de temps à votre équipe et soyez attentif à leurs commentaires et leurs craintes. La clé de l’exécution d’un plan stratégique réussie réside évidemment dans sa mise en œuvre, et c’est votre équipe qui fera en sorte que ce soit un succès ou non.