Source de valeur, de création d’emplois et d’innovation, l’entrepreneuriat d’un pays est un facteur-clé de sa santé économique. De nombreuses enquêtesclassant les pays selon leur fibre entrepreneuriale ont vu le jour dans la dernière décennie. Parmi ces études, Israël et les pays scandinaves 2 se distinguent régulièrement. Comment se définissent chacune de ces deux cultures entrepreneuriales? Quels facteurs culturels spécifiques semblent en être à l’origine? Enfin, quels apprentissages pourrait-on en tirer pour le Québec?

Israël et la Chutzpah

« Chutzpah », voilà un terme hébreu qui pourrait résumer la culture entrepreneuriale d’Israël. Sa traduction est difficile tant ce mot est spécifique; on pourrait parler d’effronterie, de culot ou d’assurance de soi doublée d’une certaine arrogance. Selon Dan Senor et Saul Singer, auteurs du livre “Start-up Nation, The Story of Israel’s Economic Miracle” (2009), cette culture entrepreneuriale décomplexée est fondé sur la valorisation de la prise de risque.

La situation géopolitique d’Israël aurait favorisé la capacité d’entreprendre de ses habitants; une sorte d’instinct de survie en somme… En exemple, le service militaire obligatoire pour les hommes et les femmes expose les jeunes à de multiples situations dans lesquelles ils doivent faire preuve de leadership et d’une prise de risque calculée et ce, toujours avec un plan B. Par ailleurs, que ce soit dans l’armée ou à l’université, l’absence de formalisme est de rigueur. À l’âge de 25 ans, la plupart des Israéliens ont ainsi acquis un niveau de maturité propice à se lancer en affaires sans peur de l’échec. Enfin, cet entrepreneuriat ne réussirait pas aussi bien sans les idées et le financement qui vont avec. Israël étant un pays très ouvert sur le monde, ses jeunes bénéficient d’un brassage culturel issu d’une immigration qualifiée, ainsi que d’un réseau de business angels disséminé à travers le monde.

L’exemple des pays scandinaves

Dans les pays scandinaves, entreprendre est un mode de vie reconnu et valorisé socialement. Pourtant, l’héritage de ces pays aurait pu empêcher un tel engouement pour l’entrepreneuriat. En effet, ayant en commun un passé d’État-providence, les pays scandinaves auraient pu voir leurs habitants se contenter de la redistribution de la richesse par l’État et des emplois fournis par les grandes entreprises dans les capitales. Mais plutôt que de laisser un exode rural vider les régions, ces pays ont su y développer un réseau d’universités décentralisé avec des parcs scientifiques intégrés pour favoriser l’innovation. Il s’y donne même des cours sur l’entrepreneuriat. C’est une véritable valorisation au niveau local de l’entrepreneuriat. Dans les régions, le réseautage, la confiance entre les individus et le partage de l’information sont les clés pour stimuler l’entrepreneuriat. Contrairement à Israël, l’échec fait peur mais se transforme en une pression supplémentaire pour réussir.

Que retenir de ces deux modèles?

L’expérience scandinave nous donne l’exemple d’un entrepreneuriat soutenu par le collectif.

Autant la culture entrepreneuriale israélienne exacerbe l’instinct de survie de l’individu dans un contexte de ressources limitées, autant l’expérience scandinave nous donne l’exemple d’un entrepreneuriat soutenu par le collectif. Au cœur de ces cultures réside la croyance que les événements résultent directement des actions d’un individu, ce dernier voyant des opportunités là où d’autres s’inquiètent de menaces. Mais loin d’être le fruit d’un déterminisme culturel, l’entrepreneuriat se cultive. Et pour développer davantage l’entrepreneuriat chez les jeunes, le Québec devrait ainsi assurer la disponibilité des trois éléments suivants :

1. Le capital humain (i.e. les compétences et le brassage des idées);
2. Le capital social (i.e. la confiance entre les individus et le réseautage);
3. Le capital financier (i.e. l’accès à des fonds de démarrage).

 

À VOUS LA PAROLE : Partagez-nous des façons de stimuler et de valoriser l’entrepreneuriat que vous avez vues ailleurs dans le monde.

 

1 Exemples d’enquêtes consultables en ligne :

- Commission européenne

- Global Entrepreneurship Monitor

2 L’expression « pays scandinaves » fait ici référence à la Suède, la Norvège, le Danemark, la Finlande et l’Islande.