Pour réussir, les entrepreneurs doivent penser différemment. Du think different d’Apple au désormais cliché think outside the box, la réussite semble désormais appartenir à ceux qui ne font pas comme les autres.

Pour Roger Martin, doyen de la Rotman School of Business à Toronto et auteur de The Opposable Mind, cette façon de penser adaptée à la complexité des enjeux du monde moderne se nomme « pensée intégrative ». Selon lui, les grands leaders sont ceux qui savent exploiter la capacité du cerveau humain de considérer simultanément deux idées contradictoires (ce qu’il nomme « l’esprit opposable »). Bonne nouvelle : c’est une faculté qui se développe !

Voici comment la pensée intégrative redéfinit les quatre étapes du processus décisionnel surtout dominé par la pensée traditionnelle :

1. LA PERTINENCE 
La pensée traditionnelle se limite à un nombre restreint de critères jugés importants pour prendre une décision. La pensée intégrative suggère plutôt d’élargir ce champ, car certains facteurs a priori peu importants, voire inconnus, se révèlent souvent être la clé de la réussite ou de l’échec d’un projet. Mieux vaut s’y pencher à l’avance plutôt que de se dire quelques millions de dollars plus tard : « J’aurais dû y penser ! »

2. LA CAUSALITÉ 
Après avoir exploré tous les critères possibles, le penseur intégratif les organise selon qu’ils sont un effet ou une cause de l’enjeu. Il questionne les associations typiques et les raccourcis faciles (par exemple, « faire un produit personnalisé me coûtera nécessairement plus cher » ou « les clients ne paieront pas pour un produit plus cher ») pour faire une cartographie des liens causals de l’ensemble des critères qui influenceront sa décision.

3. L’ARCHITECTURE
La décision la plus simple se termine par un oui ou un non, mais dans des situations plus complexes, le réflexe traditionnel sera de diviser la décision en parties digestes et consécutives afin d’éviter les maux de têtes. Ainsi, dans le cadre d’un voyage, on réservera d’abord le vol le moins cher, puis l’hôtel offrant le meilleur rapport centralité/prix. On montera ensuite un programme d’activités. La pensée intégrative part du principe que chaque décision a une influence sur les autres. Elle suggère de considérer tous les facteurs simultanément, car un vol légèrement plus cher pourrait permettre d’économiser une nuit d’hôtel à l’arrivée et laisser un après-midi supplémentaire pour visiter un musée ou aller à la plage avant le départ.

4. LA RÉSOLUTION 
Une fois atteint l’équilibre satisfaisant entre les différentes variables, une décision est prise. La pensée traditionnelle simplifie chacune des étapes précédentes pour arriver rapidement à une décision claire, sans équivoque et facilement vérifiable par rapport à des critères initiaux définis. La pensée intégrative nécessite des itérations, de revenir parfois à l’étape précédente pour réévaluer les critères ou revoir leur chaîne causale. Il est aussi plus difficile d’évaluer les décisions auxquelles elle mène car elles sont uniques, sortent du moule. La confiance, l’expérience et la capacité d’exécution (et d’adaptation aux changements de situation) donneront raison au penseur intégratif.

Les entrepreneurs doivent adapter leurs processus d’affaires. 

Devant la complexité croissante du monde des affaires (la mondialisation, les normes, les réseaux) et l’accélération de la concurrence et du rythme d’innovation, les entrepreneurs doivent adapter leurs processus d’affaires. La façon de prendre des décisions est un moyen de se démarquer de leurs concurrents.

L’entrepreneur qui applique la pensée intégrative refuse les modèles de décision préfabriqués à des situations nouvelles. Cette approche demande certes un entraînement, parfois plus de temps et de ressources et, surtout, une capacité à jongler avec les contradictions, l’incertitude et, potentiellement, l’échec. Mais l’univers des possibilités qu’elle ouvre, en cette ère d’innovation, de collaboration et de créativité, est déjà le terrain de jeu d’une nouvelle génération de startups et d’entrepreneurs.