À sa hauteur, tout ce qu’il voyait c’était la serrure de la porte. Un petit bonhomme en habit de neige qui attendait sur le palier, au haut des marches. Sa grande sœur n’était jamais bien loin. Son père non plus. Ensemble, ils faisaient sonner les clochettes que leur mère avait fixées à leurs petits poignets. Leur doux ricanement ouvrait toutes les portes des maisons du quartier Champfleury à Laval. À la vue de la petite famille Archambault emmitouflée, les résidents souriaient et donnaient. Des aliments non périssables, des vêtements, des jouets et de l’argent aussi. Jean-François se souvient : c’était la première fin de semaine de décembre 1983. Sa première guignolée. Il avait 6 ans.

«Très jeune, mon père nous a amenés à réfléchir au partage, à la manière dont on pouvait aider les autres» se confie Jean-François Archambault, fondateur de La Tablée des Chefs. Aujourd’hui, c’est à son tour de redonner. Et il le fait à grande échelle grâce à son entreprise sociale qui aide des centaines de familles dans le besoin en développant leur autonomie alimentaire. 

Il y a quelques semaines, c’était la 30e guignolée de Jean-François Archambault. Trente fois à sillonner les rues du même quartier où ses parents habitent toujours. Trente fois à solliciter les voisins pour redonner. Aujourd’hui l’œuvre de son père est plus vivante que jamais. Avec l’aide d’une soixantaine de bénévoles, du bureau de poste local et la mobilisation de toute une communauté, la guignolée du quartier Champfleury cogne désormais aux portes de 5000 maisons annuellement. Dix fois plus de maisons visitées qu’en 1983. Un succès attribuable au dévouement sans borne de celui qui l’a mis au monde. 

En redonnant aux autres, son père avait réussi à mobiliser des dizaines de personnes et créer une vie de quartier.

La guignolée fut pour Jean-François une manière de découvrir le leadership de son père, une qualité essentielle pour initier le changement : «Toute ma jeunesse, je regardais mon père et la manière qu’il s’y prenait pour embarquer les gens avec lui. Chaque année, la guignolée comptait toujours plus de bénévoles». En redonnant aux autres, son père avait réussi à mobiliser des dizaines de personnes et créer une vie de quartier. C’était aussi une manière astucieuse de transmettre à son fils des valeurs sociales fortes à travers l’action. Des valeurs qui ont offert un tuteur solide à ses rêves.  

C’est en allant redonner des paniers de cadeaux et de denrées collectés lors de la guignolée que le déclic s’est fait pour l’entrepreneur social. Il avait 9 ans quand son père l’a amené à la rencontre d’une petite famille dans le besoin. «C’était un tout petit appartement. Quand les trois enfants nous ont vus avec les jouets, leurs visages se sont illuminés. Je venais de comprendre que nous n’avions pas tous la même chance. Je venais de créer ma propre définition du mot partage». 

À la hauteur de ses 9 ans, ce fut une expérience qui lui permit de sculpter sa personnalité, mais aussi sa vision du monde. Il le dit lui-même, ces petits moments dans le temps de Noël avec son père ont forgé ses valeurs. Aujourd’hui, c’est à son tour de les transmettre auprès de ses trois filles. À la guignolée de l’an prochain, il s’est juré d’amener avec lui sa plus vieille, âgée de 6 ans. 

Au temps des Fêtes de l’année prochaine, ils seront trois générations de la famille Archambault à marcher de porte en porte lors de la guignolée. 

À marcher pour leurs valeurs.