En 2006 lors d’un vol d’avion, le père de Justin Tan, président de Jintronix, est victime d’un AVC. L’attaque est lourde de conséquences : tout le côté droit de son corps est complètement paralysé. Un tel diagnostic met en péril la carrière de son père, un médecin réputé de Montréal. Il ne pourra peut-être plus pratiquer.

Un devoir, bien au-delà des bancs d’école
Pour Justin Tan, ce malheur qui touche son père lui ouvre les yeux : la réhabilitation physique est un processus complexe, coûteux et très long. Justin Tan, alors étudiant, au MIT comme ingénieur biologique décide, comme projet scolaire, de changer les façons de faire. Il voit en la Nintendo Wii une utilité qu’aucun utilisateur ordinaire n’aurait pu soupçonner. Avec son équipe, il conçoit un programme de réadaptation qui suscite beaucoup d’intérêt. 

Après plusieurs années, son père, premier cobaye du projet, réussit, contre toute attente à reprendre ses capacités physiques allant même jusqu’à recommencer à pratiquer la médecine. 

Les résultats positifs et l’encouragement à poursuivre de la part du MIT ne suffisent pas à garder le projet en vie. L’équipe se dissout et Justin Tan laisse son concept sur la glace pour poursuivre une maîtrise en philosophie de la santé publique et des politiques publiques à l’Université de Cambridge.

Du projet d’école au projet d’affaires
En 2010, Justin, surpris de ne pas trouver sur le marché une invention semblable à la sienne, reprend son projet universitaire et fonde la compagnie JinTronix avec son ami de longue date Shawn Errunza.

Dès le départ, ils s’attaquent à régler l’un des problèmes majeurs de la première version en développant leur propre système de captation de mouvement. Le but : se débarrasser de la manette, objet superflu qui rend leur système moins accessible. Par contre, leur technologie se fait vite dépasser par la Kinect de Windows qu’ils décident d’adopter. Cette décision les amènera à joindre la première cohorte du programme d’accélérateur de Microsoft. Une chance en or qui leur permet d’être encadrés par la compagnie.

À la fine pointe de la technologie
Aujourd’hui, l’équipe d’une dizaine de personnes, dont Daniel Schacter, chef de l’exploitation et Mark Evin, chef de produit, développe à Montréal un système de réhabilitation physique basé sur le jeu. Les exercices sont développés en étroite collaboration avec des spécialistes de la santé, dont ceux de l’École de physiothérapie et d’ergothérapie de l’Université McGill.

Grâce à la précision de la technologie, le système développé par Jintronix va plus loin que l’oeil humain. Le capteur Kinect est capable de voir la progression au degré près, la vitesse exacte du mouvement et le pourcentage précis de l’amélioration. Une précision qui était jusqu’ici impossible à obtenir. 

Avec les données du patient transmises directement sur un portail auquel le clinicien a accès, ce dernier peut faire les suivis à distance. Ce qui sauve des coûts pour le patient, mais qui donne également plus de disponibilités aux professionnels de la santé.

Les gens qui pratiquent les exercices de Jintronix y mettent plus d’intensité et de rigueur qu’avec les programmes traditionnels.

Puisque le jeu est au coeur du concept, les gens qui pratiquent les exercices de Jintronix y mettent plus d’intensité et de rigueur qu’avec les programmes traditionnels, soit des exercices sur une feuille de papier. Ceci leur permet de bénéficier plus rapidement des résultats de leurs efforts. Ces patients ont donc moins tendance à se décourager au cours du processus – long et difficile – de réhabilitation physique. 

Du pilote à l’adoption
La petite équipe de Jintronix connait une période de croissance sans précédent, appuyé financièrement par Madrona Venture Group, les mêmes qui ont investi dans les débuts d’Amazon. Les entrepreneurs partagent leur temps entre Seattle et Montréal.

L’entreprise figure parmi le top Branham300 des 25 compagnies TIC à surveiller. Bref, pour Jintronix il ne reste plus quʼà toucher la cible, non pour se rétablir, mais pour bien s’établir!