Martin Thériault n’a pas le temps de s’ennuyer. Après 4 ans d’existence, son entreprise, Eddyfi joue déjà dans les plates-bandes de géants mondiaux comme GE et Olympus. Comment cette PME a-t-elle réussi à s’imposer si rapidement dans le marché international?

L’entreprise a développé une technologie qui permet aux grandes centrales nucléaires, entre autres, d’analyser la qualité de leurs installations et turbines. Pour cela, les ingénieurs utilisent les courants de Foucault (en anglais, eddy currents) qui crée un champ magnétique et permet d’identifier une fissure d’à peine un millimètre dans l’ensemble d’une centrale nucléaire.

« Nous avons développé une technologie très haut de gamme et qui répond à un besoin très précis, explique d’entrée de jeu Martin Thériault, le président de l’entreprise. D’autres entreprises offrent des produits comme les nôtres, mais ils sont peu performants. Nous offrons la Ferrari des technologies. »

Le principe est un peu semblable à celui d’une échographie. Une sonde est apposée sur une pale d’une turbine ou insérée dans un tube d’un échangeur de chaleur, par exemple, et analyse à l’aide d’un logiciel et d’un ordinateur la qualité des installations. Des installations qui valent des milliards de dollars et qui peuvent, en cas de bris, mettre en péril la vie des gens. Ici, pas question de lésiner sur la qualité.

On a fait le pari qu’il serait difficile pour nos concurrents de changer de modèle d’affaires aussi rapidement

La stratégie d’Eddyfi pour concurrencer de très gros joueurs sur le marché pourrait se résumer ainsi : une niche inexploitée, un produit à très grande complexité technique et des vendeurs-techniciens qui connaissent très bien leur marché. « On a fait le pari qu’il serait difficile pour nos concurrents de changer de modèle d’affaires aussi rapidement et d’avoir des experts qui auraient une aussi grande proximité avec leurs clients ».

Les clients d’Eddyfi ont des noms prestigieux : Alstom, Siemens, AREVA, Mitshubishi, des grands groupes d’ingénieries mondiaux, des centrales nucléaires ou des entreprises dans l’aérospatiale. Turbines, pipelines, aéronefs, des concepts qui font partie du quotidien de la jeune PME.

C’est une industrie dans laquelle les choses vont très vite. « L’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis, le Japon, c’est un feu roulant », résume Martin Thériault. Il y a beaucoup de voyages, notre terrain de jeu est mondial et les conflits mondiaux ont un impact sur le développement de nos affaires. On jongle avec un paquet de trucs, mais c’est très stimulant », résume-t-il.

Un style de vie qui est entré un peu tardivement dans la vie de Martin Thériault. C’est seulement au début de la quarantaine que l’appel de l’entrepreneuriat s’est fait sentir.

« Mes oncles, qui travaillaient à leur compte dans le domaine de la construction, me répétaient que c’était une perte de temps que de travailler pour les autres avec tous les diplômes que j’avais. À force de côtoyer des entrepreneurs dans divers domaines, le déclic s’est fait. J’ai vu une opportunité intéressante et je l’ai saisi », résume Martin Thériault. 

Une opportunité à laquelle il croyait très fort. Au risque de perdre beaucoup.

« Quand j’ai annoncé à ma blonde que je quittais mon emploi à très haut salaire, pis que je ne n’aurais pas de paye pendant une année ou deux, elle m’a demandé si j’étais certain de mon coup. J’ai financé l’entreprise avec mes économies et j’ai hypothéqué la maison. Rapidement, on a généré des ventes qu’on a réinvesties dans l’entreprise», résume l’entrepreneur.

Quatre ans après avoir lancé son entreprise, Martin Thériault n’a plus de dettes, s’octroie un salaire et son entreprise compte près de 80 employés. L’homme d’affaires est enthousiaste et ambitieux. Il compte faire tripler le chiffre d’affaires d’Eddyfi au cours des trois prochaines années. L’entreprise de Québec, déjà présente dans 50 pays, n’a pas dit son dernier mot. Les « géants » n’ont qu’à bien se tenir!