« Faire du co-design avec une autre entreprise, ce n’est pas si simple. » C’est ainsi que débute l’entretien avec Mariouche Gagné, propriétaire de la marque Harricana. La jeune prodige de la mode est reconnue pour ses lignes de vêtements en fourrure recyclée tout comme ses opinions tranchées. Nous l’avons rencontré pour discuter de ses récentes collaborations avec des marques de renom : Rossignol et Mobilia. 

D’abord Rossignol, une entreprise centenaire spécialisée dans le ski et ses accessoires. Une compagnie costaude : un chiffre d’affaires de 316 millions de dollars, plus de 1000 employés, des usines dispersées sur le territoire européen. La raison pour quoi Harricana et Rossignol ont uni leurs forces : développer un vêtement de ski haut de gamme. La collaboration a permis la confection de 3000 manteaux et vestes.  

Et plus près de chez nous, Mobilia, une entreprise québécoise qui a fait sa marque dans le secteur de l’ameublement résidentiel contemporain. « Notre approche consistait à faire rencontrer le monde du mobilier avec celui de la mode » affirme Mariouche. Le produit fini ? Des coussins sertis fourrure, une cape qui se transforme en jetée, des tabourets ornés de la griffe Harricana. De jolis objets décoratifs, issus de plusieurs mois de travail et d’une collaboration fabuleuse, selon les mots de la designer.  

De belles rencontres créatives, mais aussi des apprentissages importants d’affaires. Voici les 5 leçons que Mariouche a apprises dans ses différentes collaborations.

1. Clarifier le rôle de chacun
Selon Mariouche, c’est l’essence même d’une bonne relation d’affaires : tout doit être clair en amont. Dans le cas de Rossignol, elle était à la fois fournisseur et consultante, ce qui a complexifié son implication. Selon la designer, il est primordial d’établir précisément chaque engagement des partis et d’identifier ce se retrouve dans le cahier des charges. Qui fait quoi ? Quel est le modèle de répartition des revenus ? Mariouche recommande même de se faire coacher par un entrepreneur qui a déjà vécu ce genre de collaboration. Car, on le sait, une simple erreur peut coûter très cher. 

2. Choisir un partenaire qui nous ressemble
Pour Mariouche tout est dans la chimie. Et la chimie, ça se travaille.  « C’est important pour moi de choisir une entreprise à échelle humaine » affirme la présidente de Harricana. Dans le cadre de la collaboration avec Mobilia, la porte était grande ouverte. Elle a donc pu travailler directement avec la présidente, les acheteurs et les designers. Cette proximité avec les décideurs et la création est essentielle au succès selon elle.

C’est à l’entrepreneur de saisir les opportunités d’apprentissage qui s’offrent à lui. 

3. Être curieux et apprendre de l’autre
C’est elle-même qui le dit : « créer des vêtements de ski avec l’une des plus grandes entreprises au monde a été un exercice très formateur. J’ai pu comprendre comment fonctionne leur réseau de distribution et la manière qu’ils approchaient leurs clients. » Elle rajoute : « j’ai l’impression d’avoir fait un stage de deux ans chez Rossignol. »  Avec Mobilia, son apprentissage fut dans le dépassement de ses propres limites : «ils m’ont poussée à aller vraiment plus loin au niveau de la création, à revisiter les matières et les formes.» Comme quoi chaque collaboration permet le développement de nouvelles habiletés. À l’entrepreneur de saisir les opportunités d’apprentissage qui s’offrent à lui. 

4. Prévoir du temps
On l’oublie trop souvent, mais la création nécessite du temps. Beaucoup de temps. Pour Mariouche, il est essentiel de ne pas négliger la complexité du développement de produit, tout comme les coûts qui y sont associés. « Quand on sort de notre zone de confort, le développement de produit, ça peut être difficile. »  Il faut donc se laisser le temps nécessaire à l’arrimage entre les différentes cultures d’entreprise et laisser opérer la magie de part et d’autre. 

 5. Se faire connaitre
Cela peut paraître évident, mais trop peu d’entreprises communiquent leurs bons coups. Mariouche, avec l’aide d’une consultante en relations publiques, a réussi à faire circuler la nouvelle des collaborations et de faire du bruit dans les médias. Un aspect important qui permet à Harricana d’ouvrir plus facilement de nouvelles portes. « C’est un gros coup dans le CV », dit-elle fièrement. 

Crédit photo : Marion Desjardins