De Caribbean Juice à Solo Fruits : se relever des coups durs en affaires.

Felipe Gallon avait un objectif en tête avant même de s’établir au Québec : développer et mettre en marché des jus en utilisant des fruits exotiques de son pays, la Colombie. Le jeune diplômé de HEC Montréal a donc fondé, en 2001, l’entreprise Caribbean Juice.

Felipe Gallon avait fait ses devoirs : plan d’affaires solide, mise de fond de près de 100 000 $, plusieurs tests de produits auprès du public, analyse marketing de la clientèle cible, packaging innovateur fait en Italie, etc. Même bien préparé, une mauvaise surprise attendait l’entrepreneur qui en était à ses débuts en affaires.

 

Des maux de ventre qui obligent à repenser le produit

Quelques semaines après le lancement des jus sur le marché québécois, Felipe Gallon commence à recevoir des appels de consommateurs qui ont eu des diarrhées après avoir consommé ses jus exotiques. « Sur le coup, je me disais que ce devait être des cas isolés, mais rapidement, les appels se poursuivent et il était devenu évident que les fruits, utilisés pour produire les jus, étaient beaucoup trop fibreux pour les estomacs des consommateurs d’ici », se rappelle l’entrepreneur.

La jeune entreprise qui vient tout juste de démarrer rapatrie ses 100 000 bouteilles de jus qui étaient sur les tablettes des épiceries.

« J’étais découragé. Le stress était fort car nous avions investi beaucoup d’argent dans ces nouveaux produits et nous ne pouvions pas refaire les recettes, se rappelle Felipe Gallon. Après le choc, je suis retourné à mon plan d’affaires et la deuxième étape prévue était la production de sorbets ».

Nous avons ouvert toutes les bouteilles à la main pour réutiliser le jus, mais cette fois, pour en faire du sorbet.

Le jeune entrepreneur se retrouve donc dans un local de 1000 pieds carrés avec des centaines de milliers de bouteilles de jus et un employé. « Nous avons ouvert toutes les bouteilles à la main pour réutiliser le jus, mais cette fois, pour en faire du sorbet », se rappelle-t-il.

Du coup, le modèle d’affaires de l’entreprise est complètement changé. Plutôt que de miser sur les grandes surfaces pour distribuer leurs produits, ils ciblent maintenant les restaurants. Une stratégie plus modeste que celle prévue initialement, mais qui permettra à l’entreprise de survivre. « On a trouvé environ 150 restaurants à qui on distribuait nos sorbets haut de gamme. On faisait tout. Cette stratégie nous a permis de survivre ».

Au fil des années, Caribbean Juice diversifie ses produits : des sorbets, l’entreprise se lance dans la production de la crème glacée. « J’ai rapidement compris que je ne réussirais pas seul. Je ne savais pas faire de la crème glacée, alors je suis allé chercher un chef, explique-t-il. Je mise beaucoup sur la recherche et développement. C’est notre façon – pour une PME comme nous – de nous démarquer dans un marché de gros joueurs », ajoute-t-il.

Une stratégie basée sur l’innovation qui ne passe pas inaperçue. Metro les contacte et pour évaluer leur capacité à développer certains produits de leurs marques privées. Le contrat ne se fait pas attendre : « Quand est-ce qu’on peut aller visiter votre usine », demande les dirigeants. Un tournant dans la jeune histoire de la PME. De retour dans leur petit bureau, Felipe Gallon annonce à son équipe : « Bonne nouvelle, on a un contrat avec Metro. Par contre, il faut se faire construire une usine maintenant ». Sept mois plus tard, l’usine est construite et la production des sorbets pour Metro démarre.

 

Quand des framboises mettent une entreprise au pied du mur 

Les hauts et les bas de Caribbean Juice ne sont pas terminés. En 2009, le prix de la framboise sur le marché mondial passe de 1,50$ le kilo à 6,50$ en 4 mois à peine. De mauvaises récoltes en Amérique du Nord et des productions agricoles contaminées en Chine ont fait de la framboise un produit de luxe sur le marché mondial.

« Cette fois, je suis tombée de haut, partage Felipe Gallon. J’avais des responsabilités – une trentaine d’employés, nous faisions les marques de grandes chaînes connues – et nous avons dû déclarer faillite en quelques mois » se souvient-il.

« Je commençais à faire des achats de produits au niveau mondial, et je ne savais pas encore comment prévenir les fluctuations du marché. Maintenant je sais, j’ai appris à la dure », partage-t-il.

Felipe Gallon parle ouvertement de cette période difficile, ce qui est rare dans le monde des affaires. « On parle souvent de succès, mais on est peu préparé à faire face à une faillite. C’est tabou faire une faillite. Mais quand ça m’est arrivé, des entrepreneurs – plus vieux que moi – sont venus me voir pour me dire, qu’ils avaient vécu la même chose. J’ai eu beaucoup de conseils et ça m’a aidé à passer à travers ».

 

Jouer parmi les grands de l’industrie

Après Carribbean Juice, il n’était pas question pour Felipe Gallon de mettre une croix sur l’entrepreneuriat. C’est maintenant sous le nom de Solo Fruits que les amateurs de produits glacés peuvent se procurer ses sorbets et crèmes glacées hautes gammes, et ce, autant dans les supermarchés que les épiceries fines.

Les produits de Solo Fruits ont gagné des prix prestigieux lors du SIAL dont celui du Meilleur produit congelé au Canada en 2011 devant les géant Häägen-Dazs et Nestlé. « Quand on a gagné, des gens de chez Oasis sont venus nous voir pour nous féliciter et nous dire qu’ils ont souvent fait allusion à nos produits dans leurs rencontres de recherche et développement. Un tel compliment, c’est comme gagner un prix », conclu Felipe Gallon.