Pour innover dans une PME, nul besoin de révolutionner les manières de faire ou d’intégrer des processus complexes. David Côté, cofondateur de Crudessence, une entreprise qui produit et vend de la nourriture végétalienne, nous parle de ses débuts en affaires, des défis quotidiens à relever et de sa façon de faire pour innover simplement.

En entrant dans les cuisines de Crudessence, on se retrouve dans le cœur de l’entreprise. Les odeurs d’épices, l’équipe de cuisiniers au look indie cool et la vue sur le Mont-Royal nous indique que nous sommes dans le Mile End. C’est dans cet univers festif qu’on y produit une des cuisines végétaliennes les plus recherchées par les amateurs de bonne cuisine santé.

David Côté est un jeune trentenaire qui a l’énergie nerveuse et l’œil brillant. La casquette kaki bien calée sur sa tête, il se promène dans ses cuisines et nous présente les membres de son équipe avec fierté. « Ils sont super motivés. Comme je ne peux pas encore offrir les salaires que je voudrais, nous engageons des gens qui croient en ce que nous faisons. Le processus d’embauche est très important. Nous avons rédigé un manifeste qui est lu à chaque employé potentiel pour nous assurer que notre mission corresponde à leurs valeurs », explique David Côté. Crudessence a aussi développé une panoplie d’avantages qu’elle offre à ses employés. Tous les employés sont nourris gratuitement pour le lunch, des cours de yoga leur sont offerts ainsi qu’une série de rabais négociés avec des marchands du coin. Cette série d’initiatives crée un esprit de communauté au sein de l’équipe, essentielle à une  PME qui doit conserver ses employés.

Crudessence est un modèle plutôt atypique dans l’univers du monde des affaires. Par sa mission d’abord, l’entreprise détonne. Elle fait partie de ces entreprises – dont le nombre est en croissance – qui désirent allier responsabilité sociale et profitabilité. Comme indiqué sur son site web, elle s’est donné comme mission de changer le monde une bouchée à la fois. Après 7 ans d’existence, l’entreprise compte maintenant deux restaurants, deux comptoirs, un service de traiteur, une académie de l’alimentation vivante, une boutique en ligne et un livre de recettes.

Même pour une entreprise où les employés sont engagés et motivés, maintenir une culture d’innovation au sein de l’entreprise demeure exigeant. C’est pourquoi le jour de notre visite dans les bureaux de Crudessence, David et son équipe complétaient les préparatifs en vue d’une retraite visant à stimuler l’équipe et à trouver de nouvelles idées.

« Notre façon de faire pour stimuler l’innovation est un peu mitigée à l’intérieur même de l’entreprise, partage spontanément David Côté. C’est simple, nous donnons le minimum de tâches aux employés et nous leur laissons beaucoup d’espace, beaucoup d’air. Par exemple, 60 % de leur description de tâches est clairement définie et ils sont responsables de gérer et de combler le 40 % du temps restant. Je crois beaucoup au fait que les employés veulent contribuer et se sentir utiles dans leur travail », ajoute-t-il.

On a eu une croissance tellement rapide qu’il nous fallait trouver une façon de gérer nos ressources humaines différemment

Une façon de faire qui déstabilise parfois les employés eux-mêmes. « Quand un employé vient me voir et me demande ce qu’il doit faire dans la situation X, je lui réponds simplement que je lui fais confiance. Ça en perturbe plusieurs. Et j’ai perdu des employés qui ne pouvaient pas gérer cette autonomie, mais je n’avais pas le choix. On a eu une croissance tellement rapide qu’il nous fallait trouver une façon de gérer nos ressources humaines différemment», explique-t-il.

En septembre 2008, après un passage à l’émission Du cœur au ventre de Daniel Pinard, la popularité de l’entreprise explose. Le public, intrigué à l’idée de découvrir les saveurs d’une cuisine crue et biologique, se précipite à la porte du petit restaurant de la rue Rachel. « En un mois, nous sommes passés de deux personnes et quelques bénévoles à 20 employés. J’ai donc appris malgré moi à faire confiance et à lâcher prise. Avec le temps, j’ai réalisé que cette attitude était très bénéfique pour l’entreprise et pour moi. »

David Côté est loin de l’idée du personnage granola et un peu ésotérique que l’on peut se faire à priori d’un président d’une entreprise qui vend de la nourriture crue et végétalienne. C’est plutôt un passionné de voyage qui carbure aux activités de plein air, aux sports extrêmes et à la saine alimentation. Un ardent défenseur des valeurs environnementales qui a l’esprit de compétition et qui pourrait convaincre un accro au Coca Cola de se convertir au thé de kombucha.

Même si son entreprise emploie maintenant plus de 110 employés, l’entrepreneur n’est pas satisfait. C’est que les profits sont minces. « C’est très difficile de rendre notre modèle profitable tout en conservant nos principes d’alimentation biologique. Mais je veux que ça fonctionne aussi financièrement. Je sais que nous offrons un produit de qualité exceptionnelle. J’ai fait le tour des restaurants bios au Canada et Crudessence est le seul qui est 100 % bio ». Son insatisfaction est un puissant moteur qui le pousse à continuer. Pour ce grand voyageur qui a passé une large partie de sa vingtaine un peu partout dans le monde, il avoue sans détour que diriger une entreprise est la chose la plus difficile qu’il ait pu faire. « C’est plus difficile que de traverser les montagnes de la Sierra Nevada dans la neige avec un pic à glace. En affaires, il faut de la constance et chaque jour, il y a des choses à régler. Mais les voyages m’ont appris qu’il y a toujours une solution, peu importe ce qui nous arrive », mentionne-t-il.

Lors de notre rencontre, il revenait d’ailleurs d’un séjour à l’Institut Hyppocrate en Floride, une référence mondiale dans le domaine de la santé naturelle. « Même si je suis passionné par ce que je fais, je dois me rebooster, et le voyage est une façon pour moi de m’inspirer et de trouver de nouvelles idées. J’écoute beaucoup. En fait, mes idées viennent surtout des autres, j’écoute ce qu’on dit et je m’en inspire pour améliorer l’entreprise », conclut-il.

David Côté répond au questionnaire Génération INC.

Ajouter à mon classeur