Nous ne créerons pas de remous en affirmant qu’il est souhaitable de bâtir des entreprises qui excellent. L’excellence est un concept fort attrayant, bien sûr. On souhaite tous voir un Québec pourvu d’entreprises plus grosses, plus performantes qui rayonnent à l’international. C’est bon pour l’ego. 

Exceller, c’est dominer
L’Excellence ne date pas d’hier. À travers les époques, plusieurs peuples lui ont voué un culte sans borne. En affaires, l’excellence se définit comme la supériorité brute d’une entreprise sur son marché, ses compétiteurs. L’excellence est une fin en soi. C’est le résultat qui compte.

L’adulation à l’égard de l’excellence a fait son chemin jusqu’au monde des affaires, notamment grâce à des ouvrages comme Good to Great, du très influent Jim Collins. Ce livre, comme plusieurs autres, épouse un courant de pensée à travers lequel les entreprises sont soit remarquables ou invisibles. 

Le concept de Jim Collins est simple et efficace. Une entreprise qui excelle réunit trois idées : l’avenue commerciale qui peut potentiellement générer le plus de profits, la passion qui habite les décideurs et le potentiel d’être la meilleure entreprise au monde. Un concept qui manque de nuance. 

Dans cette vision du monde, on ne donne pas cher à la peau de ceux qui arrivent en deuxième position. Et comme le dit l’adage : «the second place is the first looser». Une relation dominant-dominé qui ne correspond plus aux enjeux de notre époque. 

Si au lieu de réfléchir au «quoi ?», on pensait au «comment ?».

De l’excellence à la création de sens
Les paradoxes sont légion dans notre société moderne. Jamais les entreprises n’ont autant subi de pression pour générer des résultats financiers à la hauteur des attentes. Heureusement, plusieurs entreprises commencent à remettre ce dogme en question. Si au lieu de réfléchir au «quoi ?», on pensait au «comment ?». Comment décide-t-on d’opérer en affaires ? Quelles sont les valeurs qui sous-tendent nos actions ? À quel coût humain, social et environnemental doit-on générer des profits ?

Comme collectivité, nous nous devons d’exiger de nos entreprises qu’elles créent une culture de sens. Les entreprises doivent exceller à améliorer le sort de notre monde, un changement de paradigme majeur. L’excellence ne doit plus être l’apanage de quelques entreprises qui atteignent seules le sommet : nous n’avons ni le temps ni les moyens de nous le permettre. 

Nous devons promouvoir une culture qui ne vénère pas la supériorité d’une entreprise sur une autre, mais qui encourage plutôt les entreprises à collaborer et trouver des solutions durables qui sont souhaitables pour les communautés.

L’excellence brute, aussi narcissique soit-elle, n’est pas la solution aux maux qui nous affligent. Nous devons exiger de nos entreprises qu’elles excellent à faire du bien. Rien de moins.