Une perception, souvent véhiculée, est qu’il n’y aurait pas d’argent disponible pour les entreprises au Québec. Pourtant, si vous demandez à des gens qui jouent avec les gros sous chaque jour, ils vous diront que oui, de l’argent il y en a. Mais pas pour n’importe qui.

Nous sommes donc allés rencontrer Chris Arsenault, un entrepreneur devenu investisseur en capital de risque, pour comprendre un peu plus la situation au Québec dans ce domaine.

D’abord, quelques mots sur le personnage : Chris Arsenault fait partie de ces entrepreneurs de la première génération du boom techno. À 22 ans, il dirigeait une entreprise de plus de 70 employés alors qu’il était étudiant à l’Université Laval. À l’époque, l’internet était encore une bibitte un peu étrange pour le commun des mortels et le défunt Netscape en était la grande star.

Après avoir connu le succès (et quelques insuccès) durant les premiers balbutiements du web, Chris Arsenault est aujourd’hui passé de l’autre côté de la clôture, soit du côté des investisseurs en capital de risque. Oubliez le personnage froid et calculateur qu’on se fait des gens qui brassent des millions de dollars chaque jour. L’homme est charismatique, authentique et passionné par son travail. Chris Arsenault voue une grande admiration pour ces gens – les entrepreneurs – qui transforment l’impossible en possible, qui rêvent de changer le monde et qui foncent tête baissée dans le chaos.

Quand on discute capital de risque avec lui, il est sans équivoque : il y a de l’argent pour les entreprises au Québec. Mais pas pour n’importe quelle entreprise. « Le capital de risque ne convient pas à tous les types d’entreprises, nous dit-il. Il faut être capable de soutenir la pression et les attentes lorsque l’on gère une entreprise avec de l’argent qui provient des poches d’investisseurs ». Il faut surtout des entrepreneurs qui sont passionnément et intensément investis dans leur entreprise. Des gens qui croient dur comme fer qu’ils vont réussir et qui sont prêts à passer à travers bien des étapes difficiles.

Un écosystème s’est développé autour des entreprises technos.

Chris Arsenault a un discours rafraichissant sur l’entrepreneuriat au Québec. Chez lui, pas de vision morose. Pas de propos alarmants. Rien à voir avec ce qu’on lit dans les journaux où l’entrepreneuriat serait dans un état critique au Québec. Lorsqu’il compare la situation actuelle avec ses débuts en affaires, il constate que le Québec a énormément acquis en maturité. Un écosystème s’est développé autour des entreprises technos. « Une des meilleurs choses qu’il soit arrivée à Montréal dans les dernières années, c’est la création d’un écosystème dans le domaine des entreprises en technologies », nous explique-t-il d’entrée de jeu. En effet, la première génération d’entrepreneurs – dont il fait partie – s’est non seulement enrichie au cours des années, mais a acquis une précieuse expérience qui sert maintenant aux plus jeunes. Les investisseurs – dont plusieurs ont été entrepreneurs auparavant – deviennent davantage que de simples pourvoyeurs, ils peuvent conseiller en toute connaissance de cause. Chris Arsenault (iNovia Capital), Alexandre Taillefer (XPND), Jean-Sébastien Cournoyer (Real Ventures), sont des exemples de cette nouvelle génération d’investisseurs qui ont connu les hauts et les bas de l’entrepreneuriat avant de se lancer dans le capital de risque. En plus de la maturité acquise par le milieu d’affaires, les jeunes entrepreneurs bénéficient maintenant de tout un réseau d’organismes et d’événements qui les aident à accélérer le processus du démarrage, à mettre au défi leur modèle d’affaires, à tester leurs produits, etc. Pensons entre autres, à Founder Fuel, à la Maison Notman, à Montreal Start Up et à Demo Day.

À cela, ajoutez une nouvelle génération d’entrepreneurs – Yona Shtern de Beyond the Rack, Joe Poulain de Luxury Retreats, Dax DaSilva de LightSpeed – qui ont « faim » et qui savent exactement comment réaliser leurs ambitions, nous explique Chris Arsenault. « Dans les prochaines années, nous verrons éclore de grandes entreprises au Québec », prévoit-t-il, confiant. Qui sait si le prochain Google n’émergera pas d’un garage québécois?

De l’argent, oui, il y en a au Québec. Mais pour des entrepreneurs qui sont terriblement ambitieux, déterminés et poussés par un désir profond de changer le monde.

Et vous, faites-vous partie de ces entrepreneurs?

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Consultez le Bulletin de l’industrie du capital de risque 2012