Adieu parité, bonjour incertitude et… opportunités?

La baisse récente marquée du dollar canadien par rapport à la devise américaine soulève beaucoup de questions pour les entrepreneurs. J’en ai discuté avec mon collègue Stéfane Marion, économiste et stratège en chef de la Banque Nationale. Je vous résume ici l’essentiel de son analyse.

Pourquoi le dollar a-t-il chuté au cours des dernières semaines?
Le contexte économique nous a apporté récemment son lot de surprises. L’économie américaine se porte mieux. Le Japon, la Chine et les pays de la zone euro ont dépassé les attentes. En fait, on observe une synchronisation intéressante des principaux acteurs de la scène économique, pour la première fois depuis 2011.

Dans ce contexte, si l’on se fie au passé, le dollar canadien devrait mieux se porter. D’autant plus que, au cours des derniers mois, la Banque du Canada s’est montrée optimiste au sujet de la croissance.

Mais il y a un sentiment très négatif envers le dollar canadien, plus négatif que lors de la récession de 2008-2009. La raison principale de cette négativité, c’est le portrait de l’emploi au Canada, qui a été décevant vers la fin de 2013. Le fléchissement du prix des matières premières, en 2013, a aussi eu un impact négatif sur la valeur du dollar.

Quel sera l’impact sur notre économie d’un dollar canadien plus faible par rapport à la devise américaine?
Les effets de la baisse rapide de la valeur du dollar canadien devraient se faire sentir à compter de l’été.

Comme stimulant de l’économie, la baisse récente du taux de change de près de 10 cents est l’équivalent de 50 à 75 points de base de baisse du taux d’intérêt de la Banque du Canada. Ce stimulus s’est intégré au marché canadien. Il devrait avoir un effet positif sur la croissance à moyen terme au Canada.

Par ailleurs, il est encourageant de noter que les intentions d’investissement et d’embauche des entreprises canadiennes atteignent un sommet, le plus élevé depuis 2009.

Somme toute, la baisse du dollar canadien devrait avoir un effet positif sur l’économie de toutes les provinces.

La Banque du Canada baissera-t-elle ses taux?
Il est difficile de croire que la Banque du Canada songe à baisser les taux d’intérêt davantage. À l’heure actuelle, le Canada opère peut-être à un niveau supérieur à celui des États-Unis. Il devient difficile pour la banque centrale de justifier une baisse des taux d’intérêt quand la valeur de notre devise a déjà baissé et que notre principal partenaire commercial note une accélération de sa croissance.

Le dollar poursuivra-t-il sa descente?
À l’échelle mondiale, le potentiel de baisse du prix des commodités est limité et le prix des métaux se maintient. C’est une bonne nouvelle pour des “devises de commodités”, comme le dollar canadien.

Il faut s’attendre à ce que la perception du dollar canadien se raffermisse au cours de la première moitié de 2014, à ce qu’elle devienne plus positive. Cependant, il ne faudra plus compter sur le soutien des banques centrales qui, en 2013, ont adopté le dollar canadien comme monnaie de refuge. Le dollar canadien attirera de nouveaux types d’investisseurs du secteur privé, qui voudront miser sur une croissance canadienne plus forte.

Nous prévoyons que le dollar canadien devrait osciller, tout au long de 2014, entre 0,88 et 0,93 $ US.

Ce qu’il faudra surveiller, c’est ce qui arrive avec le secteur de l’énergie. Si les annonces sont positives en ce qui concerne les pipelines, il y aura un intérêt plus grand pour les secteurs énergétiques canadiens, qui attireront les capitaux étrangers. 

Que faut-il surveiller en 2014?
Plusieurs questions en suspens nourrissent l’inquiétude des observateurs :

  • La Chine. Il y a beaucoup de volatilité sur le marché monétaire chinois. Le pays traverse une période de transition. Les nouvelles autorités veulent améliorer l’allocation du capital au cours des prochaines années et cherchent à mieux distribuer le crédit dans l’économie chinoise pour y arriver. Cela dit, je ne crois pas que la banque centrale chinoise puisse laisser monter les taux d’intérêt assez haut pour mettre la croissance en péril. De plus, les importations et exportations atteignent actuellement des niveaux records.
  • L’inflation. Il s’agit d’une préoccupation importante, mais la menace semble plus lointaine, parce que, à l’échelle mondiale, l’inflation est plus faible que prévu. Cela permettra à la Réserve fédérale de ne pas brusquer son programme de réduction d’achat d’obligation, qui vise à stimuler l’économie. Dans la zone euro, il faut probablement s’attendre à une augmentation de la liquidité afin d’éviter que la baisse de l’inflation ne se transforme pas en déflation, c’est-à-dire en baisse des prix.

Il faut noter que les marchés boursiers ont déjà intégré une bonne partie des bonnes nouvelles pour 2014. L’horizon semble positif aux États-Unis, avec l’accélération de la croissance qui se poursuit dans la bonne direction. Les niveaux de production sont revenus aux niveaux d’avant la récession, même dans le secteur manufacturier. La reprise semble plus durable.

De plus, les consommateurs américains ont à nouveau une équité positive dans leur maison. C’est-à-dire que leur hypothèque est plus petite que la valeur de leur maison. En conséquence, il faut s’attendre à ce que les consommateurs se montrent plus actifs en 2014.

Une situation favorable pour exporter et améliorer sa productivité
Tous ces facteurs sont de bonnes nouvelles pour les exportateurs canadiens, si la création d’emplois aux États-Unis se poursuit.

De plus, le contexte est favorable pour les entreprises qui devraient engendrer de meilleurs profits en 2014. Comme l’innovation et l’investissement demeurent clés ne serait-ce que pour conserver ses parts de marché, nous entrevoyons ici une occasion d’améliorer la productivité en achetant de nouveaux équipements plus efficaces et performants.